Le tourisme d’affaires en Afrique reste confronté aux préjugés sur le continent et aux contraintes d’accès à certaines destinations. Pour Djil Boungou, son développement passe par une meilleure intégration des communautés locales et une redistribution plus directe des retombées économiques.
Fondé par Djil Boungou et son associé, Roch Zoko, ZOKO TOURS est un tour-opérateur axé sur l’éco-tourisme qui ambitionne de faire évoluer le regard sur l’Afrique en valorisant ses territoires et ses communautés. Afin de répondre aux besoins variés de sa clientèle, l’agence déploie trois formules sur mesure : ZOKO FAMILY pour les séjours en famille, ZOKO TEAM pour les séminaires d’entreprises, et ZOKO SPOT pour les circuits personnalisés.
L’immersion locale, un enjeu logistique pour le tourisme d’affaires
evenement.com : Comment organisez-vous les séjours professionnels pour favoriser une véritable immersion dans les territoires visités ?
Djil Boungou : L’immersion locale repose sur deux éléments. Premièrement, un suivi est assuré tout au long de la chaîne de valeur, de la demande de devis jusqu’à la prise en charge sur place. Le choix des sites, des activités et de la restauration vise à proposer une expérience au contact des communautés locales. Deuxièmement, les tarifs sont forfaitaires, ce qui permet d’offrir des coûts fixes aux entreprises et aux familles.
evenement.com : Pouvez-vous nous raconter une expérience qui illustre les contraintes logistiques liées à l’organisation d’un séjour sur mesure dans une zone isolée ?
Djil Boungou : Nous avons organisé un séjour familial au Congo dans le Mayombe, une forêt primaire aux accès limités, avec des enfants de 4 et 7 ans. Le défi principal a été d’adapter la logistique à leurs besoins. La démarche a consisté à sélectionner des sites à proximité des zones habitables et à proposer des activités adaptées.
Les freins au tourisme d’affaires en Afrique
evenement.com : Quelles sont les principales réticences des entreprises européennes pour l’organisation séminaire entreprise Sénégal Côte d’Ivoire et comment les déconstruisez-vous ?
Djil Boungou : Deux facteurs expliquent principalement ces réticences. Le premier concerne les perceptions liées aux risques sanitaires et sécuritaires. L’Afrique a souffert d’une représentation parfois réductrice, voire négative, dans les discours qui circulent à son sujet.
Le second tient au manque d’infrastructures adaptées au tourisme de masse dans certaines destinations. Cette réalité peut également peser sur les coûts des séjours.
Nous cherchons à dépasser ces perceptions en présentant les réalités du terrain, sans occulter les difficultés qui subsistent. Puis, nous devons reconnaître que plusieurs aspects restent à améliorer.
Enfin, nous avons également un volet réglementaire solide, avec des garanties assurantielles couvrant le rapatriement et le remboursement selon nos conditions générales de vente, pour dissiper les craintes des directions achats.
evenement.com : Comment évaluez-vous l’évolution du regard des collaborateurs sur le continent africain après leur séjour pour tourisme d’affaires ?
Djil Boungou : La meilleure manière d’évaluer l’évolution du regard porté sur le continent africain reste le retour d’expérience des voyageurs. Les avis Google, les témoignages et les VLOG constituent autant de moyens de recueillir leurs impressions après leur séjour.
Modèle économique et prospective en Afrique
evenement.com : Comment structurez-vous vos partenariats avec les communautés locales pour assurer une redistribution juste des retombées économiques ?
Djil Boungou : Les populations locales vivent en partie de leur artisanat. Dans ce cadre, nous appliquons une politique d’achat au prix juste pour les prestations et produits locaux. Cela contribue à générer des retombées économiques directes au niveau local.
evenement.com : Comment maintenez-vous des marges viables face aux coûts inhérents aux circuits hors des sentiers battus ?
Djil Boungou : La gestion des coûts repose sur deux aspects. Ainsi, d’une part, l’utilisation des infrastructures d’accueil existantes dans les pays desservis permet de limiter les surcoûts logistiques. D’autre part, la négociation de partenariats locaux permet d’ajuster les prix afin d’assurer l’équilibre financier des opérations.
evenement.com : Comment voyez-vous l’offre de tourisme d’affaires en Afrique évoluer d’ici la fin de la décennie sous la pression des normes environnementales internationales ?
Djil Boungou : La pression des normes environnementales va profondément transformer le tourisme d’affaires en Afrique. Ce marché va passer d’une logique de « tourisme de compensation » à une logique de « tourisme de contribution ». Cela signifie que l’on ne fera plus du tourisme pour le tourisme, mais avec une approche résolument éco-responsable.
- Partager l'article :