Harcèlement dans l’événementiel : le revers de la médaille dévoilée par l’enquête NOWIE

L’enquête NOWIE révèle des chiffres hallucinants concernant le harcèlement dans l’événementiel, une situation bien réelle, qui devrait interpeller, tous les acteurs du secteur.

Un événement peut respecter son budget, satisfaire son client et se terminer sans incident visible, tout en laissant une partie de ses équipes face à des situations de harcèlement. C’est le constat préoccupant de l’enquête The Big Survey 2026 du Network of Women in Events (NOWIE). Au-delà des faits rapportés, les résultats pointent une faille organisationnelle : beaucoup de professionnelles ne savent pas à qui s’adresser, ni ce qu’il adviendra après un signalement. Explication !

Le problème ne s’arrête pas aux portes des bureaux

Quatre femmes sur cinq interrogées par NOWIE déclarent avoir subi du harcèlement sur le site d’un événement. Publiée en octobre 2026, l’étude britannique met en évidence un contraste saisissant : si 86 % des répondantes considèrent le secteur événementiel comme un environnement de travail sûr ou plutôt sûr, 80 % rapportent malgré tout une expérience de harcèlement sur site.

Menée avec la collaboration d’UN Women UK et avec Ipsos comme partenaire de recherche, l’enquête a recueilli 519 réponses, dont 476 de femmes. Les comportements rapportés vont des remarques sur l’apparence et des interpellations à caractère sexuel aux contacts physiques non désirés. Au total, 62 % des femmes interrogées déclarent avoir subi des remarques sur leur apparence, des sifflements ou des interpellations de ce type, et 33 % rapportent des contacts physiques non désirés.

Ces résultats doivent être replacés dans leur contexte : la participation à l’enquête était volontaire et les répondantes ne représentent pas statistiquement l’ensemble des professionnelles de l’événementiel. Ils révèlent néanmoins des expériences suffisamment fréquentes parmi les participantes pour interroger les pratiques du secteur.

Car l’événementiel ne fonctionne pas comme un bureau classique. Une production peut mobiliser pendant quelques jours des salariés permanents, des freelances événementiels, des techniciens, des hôtes et hôtesses, des prestataires et des équipes du lieu d’accueil. Les horaires s’étendent parfois tard dans la nuit, les déplacements font partie du travail et les équipes changent d’un projet à l’autre.

Dans cette organisation, les responsabilités peuvent devenir difficiles à identifier. Qui doit intervenir lorsqu’un incident implique un prestataire externe ? À qui une personne peut-elle parler si elle travaille pour une agence, mais intervient sur le site d’un client ? Et que se passe-t-il lorsque la mission se termine avant même que le problème soit traité ?

Le chiffre qui interpelle les agences est celui du silence

Le résultat le plus révélateur concerne peut-être moins les incidents eux-mêmes que leur traitement. 61 % des femmes interrogées n’ont pas signalé l’incident de harcèlement le plus marquant qu’elles ont vécu.

Ce silence ne signifie pas nécessairement que les faits étaient mineurs. Il peut aussi traduire un manque de confiance dans les procédures, une méconnaissance des interlocuteurs ou la crainte de conséquences professionnelles.

Cette dernière préoccupation est particulièrement importante dans un secteur où une partie de l’activité repose sur les missions successives et les recommandations. Une freelance qui dépend de futurs contrats peut hésiter à dénoncer le comportement d’un client, d’un responsable de production ou d’un prestataire si elle redoute de ne plus être sollicitée. Le problème ne relève alors plus uniquement de la relation entre deux personnes : il touche aux conditions dans lesquelles les professionnels peuvent exercer leur métier.

L’enquête souligne justement un écart entre les salariées et les indépendantes. Seules 28 % des femmes freelances ou indépendantes interrogées connaissent une procédure claire de signalement, contre 64 % des salariées. Pourtant, les niveaux de harcèlement rapportés sont comparables dans les deux groupes : 81 % chez les indépendantes et 79 % chez les salariées.

Autre constat : 83 % des personnes interrogées ne savent pas ce qu’il advient de l’auteur d’un comportement après un signalement. Une procédure peut donc exister sur le papier sans être perçue comme accessible, transparente ou suffisamment protectrice.

Pour les organisateurs, la question devient très concrète. Une politique interne ne suffit pas si les équipes temporaires ne la connaissent pas, si les prestataires ne savent pas qui contacter ou si personne n’explique les suites possibles d’une alerte.

La prévention doit être prévue avant le montage

Les résultats de NOWIE invitent les agences et les organisateurs à intégrer la protection des équipes à la préparation opérationnelle de chaque événement. Il ne s’agit pas seulement de réagir lorsqu’un incident survient, mais de rendre les dispositifs connus et utilisables dès le début de la mission.

Première étape : désigner un interlocuteur clairement identifié pour chaque événement. Les équipes doivent savoir qui contacter, comment le joindre et vers qui se tourner si le signalement concerne cette personne. Cette information doit être communiquée aux salariés comme aux freelances, aux techniciens et aux prestataires externes.

Deuxième point : clarifier les responsabilités entre les différents acteurs. Lorsqu’une agence, un organisateur, un site et plusieurs fournisseurs partagent le même environnement de travail, les modalités de traitement d’une alerte doivent être établies en amont. Un incident ne devrait pas rester sans réponse parce que chaque organisation suppose qu’une autre en est responsable.

La formation compte également. Selon l’enquête, 53 % des personnes interrogées n’ont jamais reçu de formation à la prévention du harcèlement, à l’intervention des témoins ou à la protection des personnes. Former les équipes, c’est leur permettre de reconnaître les comportements inappropriés, de réagir sans mettre davantage en difficulté la personne concernée et de transmettre une alerte au bon interlocuteur.

Enfin, les procédures doivent prévoir les situations qui se produisent en dehors du temps strictement consacré à l’événement : déplacements professionnels, hébergement, soirées associées au programme ou retours tardifs. NOWIE relève que 40 % des répondants ont rapporté un incident en dehors des heures de travail, notamment lors d’un déplacement vers ou depuis une mission ou pendant un séjour professionnel. La prévention ne peut donc pas s’arrêter à la fermeture du site ou à la fin du dernier créneau du programme !

La sécurité des équipes devient aussi un enjeu de fidélisation

Le harcèlement a des conséquences qui dépassent l’incident et son traitement immédiat. Dans l’enquête, 19 % des femmes interrogées déclarent avoir quitté un poste ou refusé une mission en raison de préoccupations liées à la sécurité ou au harcèlement.

Pour les agences, cette donnée soulève un enjeu de fidélisation. Perdre une professionnelle parce qu’elle ne se sent pas en sécurité, ou parce qu’elle ne fait pas confiance aux mécanismes de signalement, peut fragiliser les équipes et réduire le vivier de compétences disponibles. Elle pose aussi une question de qualité de vie au travail dans un secteur où les périodes de forte activité exigent déjà une grande disponibilité.

NOWIE entend prolonger l’enquête avec Safe to Work, un programme destiné à transformer les constats en mesures pratiques. Les pistes annoncées comprennent des modèles de politiques internes, des recommandations pour désigner des responsables de la protection des personnes, un cadre de signalement et des formations adaptées au secteur.

L’organisation appelle également à réfléchir à un mécanisme de signalement indépendant et confidentiel. Dans l’enquête, 98 % des répondants déclarent qu’ils utiliseraient ou envisageraient d’utiliser un tel dispositif. Ce résultat traduit une demande potentielle importante, sans garantir à lui seul que tous les professionnels y auraient recours.

Pour les organisateurs, l’enjeu est désormais de passer des principes à des procédures concrètes, accessibles et connues de toutes les personnes mobilisées.

Un événement ne se résume pas à ce que vivent les participants. Il dépend aussi des conditions de sécurité dans lesquelles les équipes le construisent, l’exploitent et le démontent. Les résultats de NOWIE rappellent qu’une organisation performante doit pouvoir répondre à une question simple : lorsqu’une personne rencontre un problème, sait-elle à qui parler et peut-elle le faire sans craindre pour ses futures missions ?

La sécurité ne se décrète pas dans une charte oubliée. Elle se construit avec des responsabilités claires, des interlocuteurs identifiés et des procédures qui fonctionnent réellement sur le terrain.

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