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Nathalie Madame Pee

[FOCUS] Madame Pee : quand un concept est porté par des valeurs

Nathalie des Isnards a créé Madame Pee, un urinoir pour femme destiné à écourter le temps d’attente aux toilettes lors d’événements. Au-delà du concept, ce sont des valeurs d’engagement et de parité qui caractérisent Madame Pee et sa fondatrice.

Un concept d’urinoire pour changer la vie des femmes lors des événements. Vous avez bien lu  “urinoire”, au féminin. Cette orthographe particulière d’un projet qui l’est tout autant est assumée et justifiée par l’engagement de Nathalie et de ses équipes depuis la création de Madame Pee en 2017. Cette entrepreneuse a voulu remettre les hommes et les femmes sur un pied d’égalité en apportant à ces dernières le confort qu’elles méritent en événement.

Comment vous est venue l’idée de créer Madame Pee ?

J’ai lancé Madame Pee à l’été 2017. L’idée m’est venue un peu avant, à l’été 2015, alors que je participais à un festival. J’étais allée à ce festival pour le groupe Fauve. Avant d’écouter le groupe, je me suis dit que j’allais aller aux toilettes, comme ça, j’étais tranquille pour écouter mon concert. Résultat : j’ai passé la première partie du concert dans la file d’attente des toilettes. Mes compagnons masculins avec qui j’étais sont ressortis au bout de deux minutes, ont eu le temps d’aller chercher une bière et d’aller écouter le concert.

Même si je m’étais déjà retrouvée de nombreuses fois dans cette situation, à faire des files d’attente pas possibles, le déclic s’est fait à ce moment-là. Là, ce qui m’a le plus choqué, c’est non seulement la file d’attente, mais aussi la différence qui existait entre les hommes et les femmes. Le déclic s’est fait à ce moment-là et j’ai lancé Madame Pee à l’été 2017. On a démarré toute une phase de R&D avec des designers dans différents pays d’Europe pour comprendre les expérimentations qui avaient déjà pu être faites, ce qui avait fonctionné et ce qui n’avait pas fonctionné.

Le premier prototype est sorti en septembre 2018 et le produit industriel début 2019. Depuis, on le déploie sur tous types d’événements. On a fait une course à pied à la fin de l’année 2018, on était à VivaTech mi-mai, à We Love Green la semaine dernière, on sera à Paris Plage cet été… L’objectif étant qu’à partir du moment où sont déployés, dans un espace sanitaire, des urinoirs pour hommes, on déploie systématiquement le service miroir pour les femmes. Il n’y a aucune raison de ne pas offrir le service équivalent aux femmes.

urinoir Madame Pee

“le sujet est tellement marquant que soit c’est un rejet, soit un intérêt”

 

Quelle est la clé du succès de Madame Pee ?

Une étape après l’autre. Aujourd’hui, on a réussi le lancement sur le marché, c’est génial. On a encore des étapes à passer et on les enchaîne bien. Il faut rester ultra-concentré et “focus” sur nos objectifs. On a élaboré le produit centré sur l’usage. On a fait toute une démarche pour prendre en compte quels étaient les besoins des femmes dans ces environnements sanitaires. Bien sûr, j’avais une idée du produit, mais il fallait tout déconstruire pour repartir des besoins des femmes. La promesse, c’est la rapidité, pour arrêter ces files d’attente interminables et surtout une telle différence entre les hommes et les femmes. Il fallait apporter cela sans faire une croix sur le besoin d’intimité que l’on a et les exigences d’hygiènes, qui sont aussi très importantes.

Nous continuons dans cette boucle d’apprentissage d’usage en interrogeant continuellement les usagères pour avoir leurs retours et faire un produit qui leur correspond le mieux. Il  doit aussi correspondre aux organisateurs d’événements et aux prestataires loueurs de toilettes qui installent les urinoirs Madame Pee.

Donc, il y a ces trois niveaux : les usagères, les organisateurs d’événements, qui sont les clients finaux et les loueurs de toilettes, qui sont nos clients directs. Chacun de leurs besoins spécifiques doit être pris en compte dans la conception du produit et le business model.

 

“J’ai bénéficié depuis le début de partenaires industriels et financiers qui sont très engagés pour la cause”

 

Comment trouver les personnes adaptées avec qui travailler ?

En multipliant les rencontres. Concrètement, pour trouver le cabinet de design qui m’a accompagné pour la conception du produit, j’en ai consulté une dizaine. J’avais des critères très précis en tête pour les choisir et j’ai multiplié les contacts, tapé aux portes et retapé aux portes. Il ne faut pas avoir peur de prendre des refus, des “non”, voire de l’indifférence. J’en ai eu assez peu, car le sujet est tellement marquant que soit c’est un rejet, soit un intérêt. Dans ce cas-là, ça va très vite.

Comment convaincre les organisateurs d’événements de l’utilité de son produit ?

En leur montrant des exemples de succès. On en a aujourd’hui, grâce aux différents événements que l’on a pu faire. Leur montrer les métriques de gain de temps, la satisfaction des usagères. On a reçu beaucoup de retours des usagères donc on leur partage pour leur montrer ce niveau de satisfaction concernant la rapidité, l’intimité et l’hygiène. Par exemple, pour un organisateur de festivals, on va partager l’expérience que l’on a eue à We Love Green, pour qu’il puisse se projeter dans le même genre de déploiement. Un organisateur de salon , nous lui montrerons ce que l’on a fait à VivaTech. Pareil pour un organisateur de course à pied et ainsi de suite.

Urinoir Madame Pee

Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes heurtée en créant Madame Pee ?

Les premières difficultés ont été de parler de ce sujet, qui est encore tabou, négligé. Il faut aborder un sujet assez intime. Les gens n’ont pas forcément envie d’en entendre parler. Il a fallu pouvoir mettre ce sujet sur la table avec des potentiels partenaires financiers, industriels et designers. Par contre, le côté extrêmement positif de cela, c’est que les personnes qui se sont engagées dans le projet l’étaient particulièrement, parce que très sensibilisées à la cause de l’égalité homme-femme. J’ai bénéficié depuis le début de partenaires industriels et financiers qui sont très engagés pour la cause.

Vous avez eu la “chance” d’avoir un déclic vous amenant à créer le concept de Madame Pee… Comment réussir à trouver un concept original sans avoir nécessairement ce déclic?

D’abord, il n’y a pas de recettes miracles. Je pense qu’il faut partager. C’est une histoire de rencontres, de concordances de personnes, d’idée à un moment donné. Surtout, l’idée, c’est bien, mais tout le succès réside dans l’exécution. Il faut aller confronter son idée au marché. Dès que possible, il faut présenter son projet.

 

“Il faut aller puiser régulièrement dans ce qui a été l’ADN de la création”

 

As-t’ont certaines peurs au moment de créer sa société?

Ça fait peur, mais ça continue aussi à faire peur tous les jours ! Le niveau de risque est évidemment très important, mais c’est aussi ça qui motive. Ça oblige à se dépasser sur des tas de sujets sur lesquels on ne pensait pas forcément aller, mais on n’a pas le choix pour faire survivre et grandir l’entreprise.

C’est à la fois beaucoup de peurs et de risques et en même temps un balancier très fort d’audace dans l’autre sens. On alterne entre les deux. Je continue à alterner entre les deux, j’apprends tous les jours avec des bas, des très hauts et une adrénaline qui est très forte (rires) !

urinoir Madame Pee

Est-ce que le fait d’avoir autant de responsabilités sur les épaules pèse lourd?

Pour que ça ne pèse pas trop lourd, il faut bien s’entourer. J’ai aussi une vie de famille, 4 enfants. Il faut garder cet équilibre-là, pour moi, il est très important. Je suis entouré au niveau familial et ça me permet de prendre du recul, de relativiser et de ne pas sentir un poids trop lourd sur mes épaules. Bien sûr, de temps en temps, ça pèse lourd, mais ça fait partie des choses qu’il faut apprendre à gérer. On apprend aussi au fur et à mesure de la croissance de la société. Plus ça va et plus c’est prenant (rires).

Quelles sont les qualités nécessaires pour créer sa société?

Il faut avoir une envie très très forte. On ne fait pas ce choix par défaut. Il faut une envie de quelque chose et je pense qu’elle est différente chez chacun. C’est une colère pour certains, une indignation ou une envie pour d’autres… Il faut aller puiser régulièrement dans ce qui a été l’ADN de la création pour trouver de l’énergie, de l’élan. Cette envie-là, il faut la connaître, il faut l’analyser. Il faut aussi bien se connaître, ses forces, ses faiblesses. S’appuyer sur ses forces, maîtriser ses faiblesses et bien s’entourer.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut créer sa société ?

D’en parler autour de lui. Dans les premiers retours, certains vont être enthousiastes, d’autres pas du tout. Il faut déjà se confronter pour voir et mesurer quel est le degré d’envie et si c’est une vraie envie. Si c’est une vraie envie, il faut y aller. L’aventure est géniale, elle n’est jamais gagnée. C’est une perpétuelle remise en question. C’est ultra enthousiasmant, on apprend à vitesse grand V. Il n’y a pas d’âge.

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